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Discours inaugural - Emmanuel François 

Bonjour,

 

C’est un grand plaisir d’être ici présent à Bruxelles pour cette 6e édition des Universités d’Eté. Jamais je n’aurai pensé il y a 6 ans que cette initiative nous porte aussi loin et c’est quelque part la preuve d’un intérêt manifeste et grandissant pour ces thématiques de société que nous traitons.

Je remercie à ce propos la Confédération Construction Bruxelles et Brabant et plus particulièrement Jean-Christophe Vanderhaegen pour son invitation. Sans elle nous ne serions pas là. Alors que notre événement était bien installé sur Lyon, venir ici représentait un énorme défi mais cela s’inscrivait parfaitement dans la philosophie de la SBA dont l’unique finalité est le bien commun, universel. Partager son savoir, le confronter à l’international et favoriser les échanges ne peut qu’être source d’enrichissement mutuel dans un intérêt réciproque. 

A ce propos, si nous sommes ici, c’est également pour préparer le lancement d’une SBA Internationale souveraine qui sera basée à Bruxelles et permettra de favoriser l’émergence d’écosystèmes partageant les valeurs de la SBA dans de nombreux pays à commencer pourquoi pas par la Belgique, la Suisse et le Luxembourg qui ont déjà bien avancé sur le sujet mais également l’Allemagne, le Royaume Uni, le Canada, les États-Unis ou la Chine, pays avec lesquels nous avons déjà des relations avancées et bien d’autres pays en vue d’un partage mutuel de la connaissance et de l’enrichissement des référentiels tout en respectant les particularités de chacun.  

 

Mais bien entendu ce qui nous anime ici c’est une fois de plus d’apprendre, d’échanger, de nouer des partenariats et constituer des écosystèmes pour s’adapter à cette révolution digitale qui va vite, très vite et vient progressivement remettre en cause tous nos repères.

 

En effet, alors qu’il y a encore 2 à 3 ans les débats relevaient plus de la prospective avec des réflexions qui pouvaient plus tenir de la prophétie, il semble désormais que nous soyons entrés dans une mutation profonde de notre société avec une remise en cause de tous nos repères et codes.  

 

Une des conséquences de cette révolution numérique est sans doute l’évolution de notre économie vers les services autour des usages avec un déplacement de la valeur propre à un bien vers les services en découlant à l’instar de airbnb, WeWork, Blablacar etc .. Ainsi la sacro-sainte notion de propriété individuelle qui fut une des principales revendications de la révolution Française est en train d’être remise en question pour des droits d’usages partagés et des services associés indépendamment de la propriété du bien.

 

Mais avant de démarrer ces Universités d’Eté je souhaiterai vous soumettre quelques-unes de mes interrogations de cet été face aux grands enjeux actuels, environnementaux, économiques et sociétaux.

  • Comment allons-nous adapter nos bâtiments, nos villes, notre agriculture, nos comportements face au réchauffement climatique qui semble désormais acquis et s’accélère ?

 

  • Comment allons-nous repenser nos bâtiments et nos villes pour répondre aux grands enjeux actuels à commencer par :

    • La réduction de notre empreinte carbone (les bâtiments représentant près de 40% de la consommation énergétique globale),

    • L’augmentation considérable de la population senior sur les 20 prochaines années,

    • Le renchérissement du foncier poussant les populations de plus en plus hors des villes avec des temps de transport moyens dépassant souvent les 2 heures par jour,

    • La détérioration de la qualité de vie à commencer par la qualité de l’air responsable de 9 M de décès prématurés dans le monde dont plus de 500 000 en Europe, sans parler des conséquences du bruit,

    • La raréfaction de l’eau, des villes comme Londres pouvant se trouver en pénurie dès 2050. Est-ce encore raisonnable d’utiliser de l’eau potable pour des besoins non alimentaires ? 

  • Combien de temps allons-nous continuer de construire des bureaux alors que près de 15 % sont inoccupés et que l’urgence semble plus à réhabilitation qualitative ?

 

  • Combien de temps allons-nous continuer de construire des bâtiments figés non évolutifs et non ou peu connectés alors que les attentes vont vers plus de flexibilité et d’évolutivité et qu’il devient nécessaire d’interconnecter tous les bâtiments à minimum pour une gestion intelligente des réseaux d’énergie ?

 

  • Combien de temps les véhicules thermiques et plus généralement la voiture particulière vont-ils continuer d’occuper 50 % de l’espace urbain, sous combien de temps la mobilité électrique va-t-elle remplacer la mobilité individuelle thermique et comment allons-nous pouvoir ajuster le réseau électrique face à la montée en puissance de la mobilité électrique ? Sachant par ailleurs qu’au début du 20e siècle il n’a fallu que 10 ans à la calèche pour disparaître et qu’aujourd'hui tout concourt pour s’affranchir du « thermique ».

 

  • Comment allons-nous garantir la cybersécurité de nos bâtiments et infrastructures ainsi que la confidentialité de nos données personnelles dans un univers toujours plus connecté ?  

 

  • Combien de temps certains acteurs tels que les banques, les assurances, le retail vont-ils supporter des taux négatifs alors que leur modèle économique repose en partie sur une rémunération de l’argent ? N’est-il pas temps pour eux de s’impliquer massivement dans cette grande mutation et utiliser leur position pour accompagner cette transition ? Je pense notamment à favoriser les investissements et initier ou s’associer à de nouveaux modèles économiques permettant de valoriser les externalités positives.

 

  • N’est-il pas temps d’arrêter de construire des bâtiments et des villes telles que nous le faisons depuis des dizaines d’années, figées et centralisées, qui ont conduit à une ghettoïsation de notre société avec un bilan environnemental déplorable, les villes concentrant 70 % des émissions de gaz à effet de serre ? N’est-il pas temps plutôt d’aller vers plus de proximité et de mixité en reconstituant des îlots de vie combinant des bâtiments multi-usages (satellites) à des bâtiments dédiés à un usage (hubs) et privilégiant une harmonieuse répartition entre espaces privatifs et espaces partagés pour une meilleure optimisation des espaces ? En effet de nombreuses activités peuvent désormais être exercées alternativement en mode local ou déporté. Il va ainsi du travail avec le télétravail, le commerce avec l’eCommerce, la santé avec l’eSanté, l’enseignement et la formation avec les MOOC et l’enseignement à distance etc… C’est une vraie opportunité pour rééquilibrer nos territoires et renforcer la cohésion sociale en favorisant la proximité et la mixité. Se pose également la question de l’existant qui va devoir s’adapter à ces nouvelles règles et usages sous peine d’être dévalorisé. Imaginons en effet Madame Schneider qui dispose d’un T3 pour 1250€ / mois et qui doit encore payer sa voiture son parking, son assurance et l’énergie ; à qui l’on offrirait un forfait de 1250 € pour disposer de l’usage privatif d’un T2 et partager 250 m² d’espaces ainsi qu’un forfait pour l’usage de 1h de mobilité par jour couvant également l’assurance,  l’énergie et l’eau. Le choix serait vite vu. Ce n’est peut-être pas pour demain, mais il est clair que des acteurs comme les GAFAs ou BATX travaillent actuellement sur des modèles de ce style, d’où leur intérêt manifeste pour le bâtiment et la mobilité.

 

  • Enfin, dans notre quête de solutions, n’aurions-nous pas intérêt à repartir d’une feuille blanche, de prendre en compte le contexte actuel et les enjeux, s’appuyer sur les nouveaux usages, les attentes des citoyens et les nouvelles technologies et bien sûr le numérique ?  Nous sommes de plus en plus conscients que le bâtiment, la mobilité et la ville de demain n’auront rien à voir avec ce qui existe aujourd'hui alors soyons moteurs, innovants et courageux. Il en va de notre intérêt et de l’intérêt des générations futures. C’est d’autant plus important que certains acteurs ou pays ont compris les enjeux actuels et n’étant pas tenus par les mêmes contraintes économiques ou normatives que nous Européens, il leur est beaucoup plus facile d’évoluer rapidement et de développer de nouvelles industries et services reposant sur de nouvelles technologies et de nouveaux modèles économiques faisant fi de l’existant.  Dans ce contexte les forces d’hier et aujourd'hui peuvent s’avérer être des handicaps.

Quelque part le bien commun et l’avenir de notre planète et des générations futures doivent guider nos pas. Et au-delà des engagements parfois très médiatisés il est surtout important d’agir, agir tout de suite concrètement. C’est l’objectif de ces Universités d’Eté, en favorisant l’échange de connaissances et la mise en relation pour contribuer à bâtir les écosystèmes qui vont porter cette transition.

 

Bonnes Universités à tous !

Emmanuel